À la rencontre de Fa Diallo, entrepreneure sociale, fondatrice de l’institut académique des bébés

Les africaines

Fa Diallo est une entrepreneure sociale Sénégalaise qui a fait ses études à Dakar avant de s’installer à Nancy (France) en 1994.

Elle intégra un lycée professionnel, afin d’obtenir un baccalauréat en comptabilité finance. Le diplôme en poche, Fa Diallo s’est vue obligée d’allier plusieurs emplois pour subvenir aux besoins de sa famille restée au Sénégal.

 Des moments difficiles dont elle se rappelle encore. ‘’ Je n’arrivais pas à trouver de boulot stable, malgré, le travail que j’effectuais dans les collectivités et les formations en petite enfance que je suivais. C’était de petits boulots parce que j’avais besoin d’aider la famille restée au pays ‘’, s’est-elle souvenue.  

En 1998, elle quitte Nancy pour Paris. Une fois dans la capitale française, elle décrocha un poste à la fédération française de Squash  ‘’ A l’époque,explique-t-elle, l’Etat français proposait des contrats dénommés (Contrat -Emploi -Jeune) qui permettaient de travailler à temps plein, et de bénéficier en même temps d’une formation ‘’.

Cette opportunité lui a permis d’intégrer le Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM)-Paris où elle a obtenu trois ans après un DUT GEA et un DSC.

En 2016, Fa Diallo décide de rentrer au Sénégal pour soutenir son conjoint qui comptait lancer un projet dans l’agrobusiness. Ayant suivi des études en finance, elle élabora, en trois mois, le business plan dudit projet en collaboration avec d’autres consultants de l’Institut sénégalais de recherche agricole (ISRA) et du Ministère de l’Agriculture.

Au bout d’un an, ayant une fibre dynamique, FA Diallo décida d’ouvrir un cabinet dans le domaine des finances. Elle se rendit très vite compte de l’existence de pléthore de cabinets similaires au Sénégal et n’avait aucune valeur ajoutée pour son pays.

Accaparée par la volonté de rester active, mais elle a des difficultés à trouver la bonne personne pour garder ses enfants en son absence. Elle trouvait ‘’incompétentes’’ les personnes qu’elle recrutait pour surveiller ses petits.

Sa fille avait à peine 3 mois et était particulièrement fragile : il lui fallait, une professionnelle pour l’aider. C’est ainsi qu’elle se rapprocha de l’agence de la petite enfance, à l’époque, pour trouver une professionnelle pour s’occuper exclusivement de son bébé.

 A sa grande surprise, elle apprit qu’il n’y a pas de personnes formées qualifiées dans ce domaine au Sénégal.

 ‘’Je suis sortie de l’agence choquée. Je pensais au taux élevé de jeunesse âgée de 0 à 4 ans (26% selon ANSD) de la population du pays. Et là, j’ai compris que je venais de trouver ma nouvelle mission, ma nouvelle voie ‘’.

                    Naissance de L’institut académique des BEBES (IAB)

Une fois sortie de l’agence nationale de la petite enfance, elle décida de se lancer dans la formation des métiers de la petite enfance. Elle s’appuya sur ses 10 ans d’expériences en tant que monitrice, animatrice dans les collectivités et centres aérés. Elle avait aussi obtenu, en 2015, des diplômes lors des formations sur le développement psychomoteur de l’enfant, psychoaffectif, neurosmusculaire, effectuées en France.

Fa Diallo fît des recherches pour mettre en place un programme et du contenu pour les cours puisque ces types de formations n’existaient pas au Sénégal.

C’est en 2016 qu’elle se lança dans la rédaction du projet. Une année plus tard, elle décida d’ajouter en renforcement de capacités, une formation en nutrition pédiatrique. Entre avril et mai 2019, elle poursuivit des cours sur la psychologie de l’enfant et les neurosciences-cognition.

’ Pour le recrutement, j’ai fait des affiches sur mon ordinateur, fait du porte à porte communautaire. J’affichais des flyers au niveau des églises qui généralement, étaient très fréquentées par les femmes, les enfants, les hommes. Je discutais avec les curés afin de leur expliquer mon projet. Je cherchais des femmes ou des jeunes filles, avec un certain niveau d’études à former. Elles ne devaient avoir aucune autre activité pour se concentrer à la formation. L’idée était de les former en cycle court de 6 à 7 mois, puis les envoyer en stage de 3 mois et ensuite veiller à leurs insertions professionnelles ‘’. 

Sa  pédagogie est axée sur les normes internationales et l’équipe est complétée d’intervenants(es) experts (es) dans leur domaine.

‘’ Mon message a été bien accueilli par la communauté chrétienne. 70 personnes se sont présentées alors que je ne m’y attendais pas ‘’, s’est-elle réjouie en se souvenant de cette période.  

Les premiers cours de l’IAB se déroulent dans un garage

Théoriquement, l’institut académique des bébés venait d’être lancé, mais il fallait trouver un local pour abriter les cours.

Au départ des cours, 70 candidats s’étaient présentés dont 5 hommes, mais confrontée à un problème d’espace, elle a dû en sélectionner que 10 pour démarrer la formation. Les cours se déroulaient trois jours par semaine. ‘’L’argent versait par les apprenants, servaient à l’achat du matériel pédagogique ‘’

‘’On m’a proposé du coworking, mais c’était très cher par rapport aux paiements, insignifiants que je demandais aux filles. C’est ainsi que je pris la décision d’aménager mon garage en salle de classe ‘’, nous explique la nouvelle Directrice du désormais Institut académique des bébés.

’Peu de temps après je commençai à me faire des amis et à constituer un réseau. Ils étaient tous entrepreneurs à des stades d’avancement différents. Je m’appuyais sur ce réseau pour progresser. J’ai eu de la chance car au-delà d’un réseau j’ai des personnes valeureuses, un fort capital humain. Ils me prêtaient, parfois, leurs locaux pour passer mes entretiens et les tests pour celles sélectionnées”

                                IAB voit le bout du tunnel

Malgré les difficultés rencontrées, l’entrepreneure sociale ne perdit jamais espoir. Elle continua à chercher de l’appui et des partenaires pour soutenir son projet. En effet, la cible à former est issue de populations défavorisées et précaires. Il fallait trouver un moyen de contourner cette difficulté afin de permettre l’accessibilité de la formation à ces personnes hautement motivées.

« C’est ainsi que j’ai rencontré lors des débat africains organisés par le journal le Monde au grand théâtre de Dakar, Lamba Kâ qui travaillait à MakeSense, un incubateur d’entrepreneurs à impact social qui dispose d’un espace au sein de (l’institut africain de management IAM. Je pris rendez-vous et mon projet a été bien accueilli. C’est ainsi que j’ai réussi à être incubée dans leurs locaux ».

 L’agrément, une condition sine qua non pour la crédibilité de l’institut 

Ces étapes passées, il fallait obtenir une autorisation auprès de l’Etat, pour la crédibilité de l’institut et pour assurer aux étudiants une pérennité et gagner une bonne réputation car la plupart des instituts de formation au Sénégal ne sont pas agréés.

 ‘’ L’agrément est très difficile à obtenir, mais la persévérance a des vertus. Je tenais à ce que les diplômes obtenus dans mon institut soient reconnus. Il était hors de question pour moi de ne leur délivrer qu’une attestation à la fin de formation ‘’. La formalisation, malgré les embûches, est actée.

 Les premières diplômées de L’institut, l’appui de l’AFD, la Banque Mondiale …

Neuf des 10 premières personnes formées réussirent la formation,  puis sont insérées dans le milieu professionnel, dans les crèches, les centres aérés, dans le préscolaire etc. En termes d’emploi, au-delà de recruter des filles et de les former, une équipe est en train d’être formée  pour manager IAB

En partenariat avec le fonds de formation professionnelle technique (3FPT),  des bourses ont été obtenues  au titre de la formation professionnelle pour l’emploi et la compétitivité (FPEC), financées par la Banque mondiale et l’Agence Française de Développement (AFD).

 ‘’Nous avons obtenu une centaine de bourses pour les prochains étudiants de l’IAB. De plus, l’IAB est admis sur la plateforme du 3FPT et n’importe qui peut aller s’inscrire pour obtenir une bourse de formation, pris en charge à hauteur de 90 % ‘’.

                    IAB, une chance pour les filles déscolarisées 

Dans son processus de recrutement, l’Institut académique des Bébés privilégie les filles déscolarisées. Celles qui n’ont pas pu continuer leurs études et ayant un certain niveau de scolarisation.

« Nous voulons maintenant former le maximum de jeunes filles déscolarisées au Sénégal, mais il nous sera difficile de nous installer dans tout le Sénégal à cause du manque de personnel formateur dans les métiers de la petite enfance ».

      Fa Diallo souhaite décentraliser la formation sur toute l’étendue du territoire sénégalais, mais également au niveau de la sous-région, en particulier et de l’Afrique en général. Son projet a séduit des pays comme le Niger, le Bénin et le Cameroun qui l’ont contacté pour reproduire le même système dans leurs pays.

« J’ai deux idées pour décentraliser mon projet, mettre en place du E- Learning et une ampliation en cours d’étude. Pour cette deuxième option, nous envisageons de faire une caravane de sensibilisation à l’intérieur du pays pour parler avec les familles et inciter les jeunes femmes dans les régions à bénéficier de cette formation ».

Dans ce cadre, l’institut est en train de rechercher activement un partenariat visant à prendre en charge des filles. ‘’Cela a un coût en plus des subventions que nous avons avec le FEPC (Formation professionnelle pour l’emploi et la compétitivité) et 3FPT (fonds de formation professionnelle technique)’’.

L’école de formation des métiers de la petite enfance est également en train de travailler en étroite collaboration avec d’autres structures. Ce qui permettra d’amplifier et de toucher un peu plus de cible parce que la demande est énorme.

’ Je ne gagne absolument rien dans ce travail, mais ce sont les étudiantes qui me poussent à continuer. Je ne suis qu’entrepreneure sociale pour l’instant car j’utilise mes fonds propres pour poursuivre le projet à cause des témoignages et de la situation de mes étudiantes qui viennent de loin ‘a-t-elle fait savoir.

« Je n’ai pas le droit d’abandonner, car je veux les former, les autonomiser, les sortir de la précarité pour qu’elles puissent subvenir à leurs besoins et ceux de leurs familles avec un seul concept : une formation = un emploi ».

            Enfin du personnel de qualité pour les crèches et préscolaires du pays 

‘’ Par rapport à l’impact, nous sommes en train de réaliser un mapping de l’ensemble des crèches qui existent au Sénégal pour les  sensibilisées et aidées à recruter un personnel de qualité. Nous travaillons également avec l’agence de la petite enfance sur un décret qui va régir les crèches ‘’

Il faut rappeler qu’au Sénégal, nous accueillons 800 000 naissances par an, dont 30% hospitalisées pour cas de malnutrition.

 ‘’ Nous avons un travail énorme à faire au Sénégal pour sensibiliser sur la nutrition infantile. Nous avons énormément de ressources céréalières telles que le fonio, le mil, le niébé, le Moringa,… qui contiennent beaucoup d’éléments nutritifs. Il nous faudra faire des ateliers culinaires pour leur montrer comment les utiliser pour fortifier et prévenir des maladies ‘’.

 Aujourd’hui, Fa Diallo est lauréate du programme AFIDBA (AFD for inclusive and digital business in Africa) au Sénégal qui vise à dynamiser le développement économique durable, inclusif et numérique en Afrique.


Les africaines

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *