Les jeunes Africain.es ne demandent pas des régimes militaires, mais des institutions plus inclusives, une gouvernance responsable et de réelles perspectives d’avenir. C’est le message fort porté par Amina Bello, Ambassadrice africaine de la Jeunesse pour la Paix de l’Union africaine pour la région Afrique centrale, lors du Troisième Forum de réflexion de l’Union africaine sur les changements anticonstitutionnels de gouvernement en Afrique (Accra III).
S’exprimant devant le président ghanéen John Dramani Mahama, le Commissaire de l’Union africaine aux Affaires politiques, à la Paix et à la Sécurité Bankole Adeoye, ainsi que des membres du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, des experts et des représentants de la société civile, la jeune diplomate a appelé à faire de la jeunesse un acteur à part entière de la stabilité démocratique sur le continent.
Une jeunesse en quête de gouvernance, pas de pouvoir militaire
Dans son intervention, Amina Bello a rappelé que plus de 60 % de la population africaine est âgée de moins de 35 ans, alors que nombre de jeunes restent confrontés au chômage, à l’exclusion politique, à l’insécurité et à un accès limité aux espaces de décision.
Selon elle, le soutien observé dans certains contextes aux changements anticonstitutionnels de gouvernement traduit moins un rejet de la démocratie qu’une profonde frustration face à des systèmes incapables de répondre aux attentes des populations.
« Les jeunes Africains ne réclament pas un pouvoir militaire. Ils réclament une gouvernance efficace, inclusive et responsable. Ils réclament la dignité, la participation, des opportunités et un avenir », a-t-elle déclaré.
Faire des jeunes des acteurs de la paix
S’appuyant sur la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, l’Agenda 2063 et le Cadre continental de l’Union africaine sur la Jeunesse, la Paix et la Sécurité, l’ambassadrice a rappelé que les jeunes ne doivent plus être considérés comme de simples bénéficiaires des politiques de paix, mais comme des partenaires essentiels de la prévention des conflits, de la médiation, de la gouvernance et de la consolidation de la paix.
Pour elle, le Forum d’Accra doit marquer un changement de paradigme : les jeunes doivent passer du statut d’observateurs à celui d’« architectes » des solutions face aux crises politiques que connaît le continent.
Cinq priorités pour renforcer la stabilité démocratique
Afin de bâtir un nouveau contrat social entre les États et la jeunesse africaine, Amina Bello a proposé cinq priorités d’action : institutionnaliser la participation des jeunes aux processus de gouvernance, de paix et de sécurité ; investir davantage dans l’éducation, le développement des compétences et la création d’emplois décents ; renforcer l’éducation civique et démocratique ; favoriser un environnement propice au dialogue, à la participation citoyenne et à l’engagement pacifique ; accélérer la mise en œuvre du Cadre continental de l’Union africaine sur la Jeunesse, la Paix et la Sécurité ainsi que des plans d’action nationaux.
Un appel à passer des engagements aux actions
Originaire d’Afrique centrale, une région confrontée à de nombreux défis sécuritaires et humanitaires, Amina Bello a souligné que les jeunes et les femmes jouent déjà un rôle déterminant dans la médiation, la cohésion sociale et la résilience des communautés lorsqu’ils disposent des moyens d’agir.
À l’inverse, a-t-elle averti, leur exclusion peut favoriser la désinformation, l’extrémisme et les violences.
En conclusion, l’Ambassadrice africaine de la Jeunesse pour la Paix a lancé un appel à transformer les engagements politiques en actions concrètes.
« L’Afrique que nous voulons ne peut pas être construite pour les jeunes, sans les jeunes. Passons des promesses à l’action, de la consultation à la co-création et de l’exclusion à une inclusion véritable. Car l’avenir de l’Afrique n’est pas demain. L’avenir de l’Afrique, c’est maintenant », a-t-elle affirmé.

