Le Rwanda, un eldorado pour les femmes ?

Les africaines

 Au Rwanda, pays à 12 millions d’habitants situé au cœur de l’Afrique de l’Est, les femmes ont connu une ascension étincelante au cours des deux dernières décennies et occupent aujourd’hui des postes clés dans le public comme dans le privé.

Les femmes rwandaises, réputées laborieuses et pointilleuses et considérées par certains comme les “hommes de la maison”, détiennent 55% des portefeuilles ministériels et représentent plus de 61% des parlementaires, un record mondial.

Dans le dernier “Rapport mondial sur la parité entre hommes et femmes”, ce pays est-africain figure dans le top 10 des plus égalitaires. Ses femmes n’ont pas seulement dépassé le nombre d’hommes au gouvernement et au parlement, mais occupent également des postes stratégiques, dans l’armée, la police, ou à la tête d’entreprises.

Ce succès notable du Rwanda en matière de parité et de promotion du leadership féminin n’est pas venu par hasard, mais découle du contexte historique particulier du pays et d’une volonté politique explicite et manifestée.

Au lendemain du génocide de 1994 perpétré contre la minorité Tutsi, qui a fait près d’un million de morts selon l’ONU, les femmes représentaient près de 70 % de la population rwandaise. Le processus de réconciliation et de reconstruction du pays reposait, en premier lieu, sur elles.

Durant les premières années du Rwanda post-génocide, les femmes ont dû se libérer du poids des traditions et des tabous pour reconstruire un pays où tout était à reconstruire, en créant des coopératives et projets agricoles, des associations de solidarité, et en dirigeant même les “Gacacas”, les tribunaux communautaires qui permettaient de régler des différends de voisinage ou familiaux.

Après la multiplication des succes stories féminines dans tous les domaines, les femmes ont commencé à s’emparer, au fur et à mesure, de métiers réservés jusqu’ici aux hommes. Ensuite, les droits des femmes ont gagné énormément de terrain.

“Avant le génocide de 1994, une grande partie des femmes rwandaises n’avait pas le droit à la parole ou d’accéder à un poste de responsabilité. Durant les années qui ont suivi cet évènement douloureux, tout le monde a vu ce que les femmes sont capables de faire”, s’est exclamée Odette Musengimana, la secrétaire exécutive du “Réseau des femmes”, une ONG phare au Rwanda chargée de la défense des droits des femmes et de la promotion de leur autonomisation.

Interrogée par la MAP, cette ardente militante des droits des femmes au Rwanda a fait observer que les Rwandaises ont mené, avec audace et engagement, les premiers pas de la réconciliation nationale et les premiers jalons de la transformation du pays, à travers notamment leur rôle d’ambassadrices de prévention des conflits et leur contribution de premier plan dans la relance des activités commerciales et agricoles.

Afin d’accompagner cette ascension “bienfaisante” de la gent féminine, le gouvernement a mis en place un arsenal juridique pour renforcer les droits des femmes et garantir leur implication dans la prise de décision tout en créant, en 1999, un ministère chargé du Genre et de la Promotion féminine.

“En 2003, la Constitution a interdit toute discrimination en fonction du sexe et a entériné le principe d’un quota de 30 % dans toutes les administrations publiques et jusqu’au sein du gouvernement”, a rappelé Mme Musengimana, ajoutant qu’une série d’initiatives, gouvernementales et associatives, ont été également lancées pour encourager et promouvoir le leadership féminin.

Malgré ces acquis réalisés, a-t-elle fait remarquer, il y encore des efforts à fournir pour parvenir à une parité complète, faire des femmes un vecteur important de changement, mettre fin à la violence à l’égard des femmes, lutter contre le décrochage scolaire des jeunes filles et renforcer l’empowerment des filles et des femmes en milieu rural.

Pour Andre Gakwaya, journaliste et chercheur rwandais, il y a eu une prise de conscience au Rwanda concernant les compétences féminines et la valeur ajoutée que la femme peut apporter à la société en termes de développement et de stabilité.

“La femme rwandaise a su saisir à bras le corps son destin en se montrant compétitive et autonome et en défiant tous les préjugés à son égard”, a-t-il dit, notant que son statut a beaucoup évolué au cours des deux dernières décennies et est considérée aujourd’hui comme agent actif citoyenne dotée d’un sens aigu de la gestion.

Selon M. Gakwaya, l’amélioration de la situation de la femme au Rwanda et la multiplication des initiatives visant à accroitre sa participation dans le développement socio-économique a favorisé la création d’un environnement favorable à la stabilité, à la cohésion et à l’unité nationales, facteurs essentiels du développement économique.

Force est de constater que le développement remarquable qu’a connu le Rwanda en seulement un quart de siècle et le taux impressionnant de 8 % de croissance économique annuelle du pays est dû, incontestablement, à la contribution de ses femmes qui ont laissé leurs empreintes dans tous les secteurs et tous les domaines.

Parmi ces femmes, qui ne cessent d’inspirer les jeunes rwandaises désireuses d’accéder aux postes de responsabilité, figure la respectée Aloysia Inyumba, ancienne ministre de l’Égalité des sexes décédée en 2012 et l’influente Louise Mushikiwabo qui a pris la tête de la diplomatie rwandaise pendant près de neuf ans et dirige actuellement l’Organisation internationale de la francophonie.

Figurent également Clare Akamanzi, l’infatigable directrice de l’Office rwandais de développement, Soraya Hakuziyaremye, la célèbre femme d’affaires qui occupe actuellement le poste de ministre du Commerce et à l’Industrie, Yvonne Makolo, la patronne de la compagnie aérienne publique Rwandair, Diane Karusisi, la directrice générale de Bank of Kigali et Jolie Murenzi, la célébre artiste et figure de proue de la scène culturelle rwandaise.

Source : MAP


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