vendredi, avril 19, 2024

Moussa Mara : « Il est difficile d’assurer la protection des femmes, là où l’Etat n’est pas présent au Mali »

En marge de la 14 ème édition du forum des MEDays qui se tient du 02 au 05 novembre 2022 à Tanger au nord du Maroc sur le thème « De crises en crises : vers un nouvel ordre mondial ? », L’ancien premier ministre du Mali Moussa Mara a répondu à nos questions concernant la situation des femmes au Mali en tant que zone de conflits où les défis sécuritaires restent d’actualité.

Avec la crise sécuritaire qui sévit au Mali depuis 2021, existe-t-il des mécanismes, des programmes ou des projets pour assurer la protection des femmes dans les zones en conflits ?

Quand l’Etat n’est pas présent quelque part, nous pouvons disposer de toutes les lois du monde et il y aura personne pour les mettre en application. La question essentielle au Mali est que l’Etat n’est pas présent dans certains endroits du territoire, donc les femmes qui vivent dans ces endroits sont laissées à elles-mêmes, malheureusement
Souvent, elles vivent avec des règles imposées par les groupes terroristes. Ce que nous avons à faire en terme de défis, c’est de faire en sorte que l’Etat soit présent partout sur le territoire et que les droits de l’homme qui sont l’un des objectifs de l’Etat puisse être observés. Parmi ces droits, il y a, au premier plan, la protection des personnes vulnérables, dont les femmes en particulier. Il est difficile d’assurer la protection des femmes, là où l’Etat n’est pas présent. Et là où il est présent, il y a des efforts qui sont faits. J’en suis témoin, parce que j’ai travaillé dans le gouvernement de 2014 à 2015. Certes, ce n’est pas parfait, il y a des efforts qui nécessitent d’être faits, mais ce n’est, déjà pas, mal.

La crise ne freine-t-elle pas les activités des femmes ainsi que leur accès aux financements, déjà insuffisants ?

Déjà, il n’y avait pas beaucoup de fonds destinés aux femmes, même en période normale. Vous savez les ministères en charge de la Promotion des femmes et de la Famille sont généralement des ministères qui sont les parents pauvres de nos budgets. Souvent, ce sont des programmes étrangers qui soutiennent ces structures ou qui appuient les groupes vulnérables. Il y a des efforts à faire. Nous devons ratifier tous les textes en matière de protection des groupes vulnérables dont les femmes. Il faut continuer à faire des efforts pour que les ressources maigres de nos pays qu’il y ait une proportion de plus en plus importante pour les groupes vulnérables. C’est peut-être cela l’enjeux au-delà d’une présence de l’Etat.

Est-ce que les femmes sont impliquées dans les processus de paix ?

Après la signature de l’accord d’Alger, il y a eu une résolution des Nations unies et une volonté du gouvernement d’associer les femmes à tous les organes de gouvernance à l’accord. En 1996, il y a eu une loi très importante qui a été prise par le Mali dénommée la loi 52 ou la loi des quotas. L’objectif est d’associer les femmes à la gouvernance même du pays. Nous avons, aujourd’hui, un quota de 30% qui fait que, dans toutes les nominations y compris la mise en place du gouvernement et les Hautes fonctions de l’Etat, ce pourcentage aille aux femmes. Cette loi a fait abriter au parlement pour la première fois dans l’histoire de notre pays, 41 femmes sur les 147 députés élus. Ce qui prouve que notre pays est en train de faire des avancées, même s’il reste des efforts à faire.

Propos recueillis par Ndeye Maguette Kebe

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