Coura Sène, Directrice Régionale de Wave : « le thème du 08 mars rappelle la nécessité de travailler encore sur les innovations et technologies pour réduire l’écart entre les genres dans l’éducation numérique »

En prélude de la célébration de la journée internationale de la femme , Madame Coura Sene , Directrice Régionale de Wave a accordé un entretien à notre site d’information www.lesafricaines.net.

Dans cette interview , elle revient sur son parcours, la stratégie et les succès de wave dans le domaine de la finance digitale mais également sur l’importance du thème du 08 mars 2023.

Madame Coura Sene, vous êtes la Directrice Régionale de Wave, pouvez-vous revenir sur votre formation et parcours ?

Je suis Directrice Régionale de Wave Digital Finance pour la zone UEMOA et membre du comité de Direction du groupe Wave Mobile Money. Mon histoire avec Wave a débuté dès 2016, comme consultante experte en Mobile Money, pour accompagner la Fintech dans son projet d’implantation dans la zone UEMOA en commençant par le Sénégal. J’ai définitivement rejoint Wave en 2018, au moment du lancement des opérations au Sénégal, pour bâtir les partenariats stratégiques nécessaires à son développement et pour l’accompagner dans le conseil en politiques publiques.

Je suis titulaire d’un baccalauréat scientifique (série C) au Sénégal, et j’ai eu la possibilité de poursuivre mes études en France où j’ai obtenu un diplôme universitaire en mathématiques et sciences sociales, puis un diplôme d’ingénieur en informatique et statistiques.

Je totalise plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des télécommunications, de l’assurance et de la finance dont plus de 10 ans en France où j’ai débuté comme ingénieure en informatique avant de piloter de grands projets informatiques et organisationnels. Au Sénégal, depuis 2012, j’ai accompagné de grands groupes dans la digitalisation de leurs processus avant de me spécialiser dans le développement des services financiers mobiles en supportant des opérateurs de télécommunications et des fintechs majeurs dans leurs opérations et pour l’obtention de leurs licences.

Je suis une passionnée de la technologie et de l’opportunité qu’offre le mobile money d’améliorer l’inclusion financière en Afrique sub-saharienne.

Quelle a été la stratégie de Wave pour changer la donne dans le domaine de la finance digitale ?

La mission de Wave est de proposer des services financiers radicalement inclusifs. Notre produit a donc été bâti autour d’une valeur exclusivement centrée sur le client : un parcours client simplifié et adossé à une technologie innovante, une prise en charge rapide des réclamations pour asseoir la confiance, les coûts le plus abordables possible, c’est à dire le transfert d’argent à 1% seulement, mais aussi des services gratuits à savoir le dépôt et le retrait d’argent ainsi que les paiements de facture et l’achat de biens et services.

Les services financiers digitaux étaient facturés en moyenne à 4% avant le lancement de Wave qui s’est donc rapidement imposé comme le produit le plus accessible pour les ménages.

Nous avons ainsi pu contribuer à l’inclusion financière en rendant les services financiers digitaux abordables techniquement et financièrement pour nos clients, et en permettant à nos utilisateurs un gain de temps et de coûts.

Wave a ainsi changé la donne en apportant dans l’écosystème de la finance digitale, une solution en parfaite adéquation avec les besoins des clients, prenant en compte le niveau d’instruction et le pouvoir d’achat afin d’être la moins coûteuse et à portée de tous. Notre produit a ainsi réussi à inclure toutes les couches existantes :  les ruraux comme les citadins, les plus âgés comme les plus jeunes, les instruits comme les moins instruits, ce qui a permis d’accroître l’inclusion pour les plus vulnérables.

   Qu’est-ce que le leadership féminin dans le domaine de la finance digitale ?

La finance digitale permet de promouvoir l’inclusion financière et sociale en offrant de nouvelles opportunités à nos sociétés. Dans ce domaine, le leadership féminin va permettre d’impulser une dynamique de transformation digitale de l’activité économique de nos pays en grande partie détenue par les femmes. Le leadership dans la finance digitale n’est pas juste incarné par les grandes figures féminines au sein des institutions financières, mais aussi et surtout, par les millions de femmes qui sont au cœur de la transformation digitale au quotidien : à la maison, dans les marchés, sur les quais de pêche, … Leur capacité à apporter un changement vers la transition numérique dépend de l’environnement favorable qui leur est offert.

Nous pouvons prendre l’exemple des 700 femmes mareyeuses au Sénégal qui s’activent dans la pêche, secteur économique contribuant à hauteur de de 3,5% au PIB. Un leadership féminin porté par ces opératrices économiques est indispensable pour une réelle transformation digitale de ce secteur.

Pour ce faire,  il s’agit de les doter en outils simples et efficaces, notamment la mise à disposition de services financiers faciles à utiliser et à la portée de tous comme l’application mobile Wave ou la carte QR adaptée aux non détenteurs de smartphones, la digitalisation de la distribution des prêts et de la collecte des remboursements (exemple de la DER/FJ), et beaucoup d’autres initiatives qui leur permettront de mieux gérer leur activité, d’épargner en toute sécurité et d’investir pour renforcer leur autonomie.

L’édition 2023 de la Journée Internationale de la Femme a pour thème : « Pour un monde digital inclusif : innovation et technologies pour l’égalité des sexes », que vous inspire ce thème en tant qu’ingénieur en informatique et dirigeante d’une fintech ?

Ce thème nous rappelle la nécessité de travailler encore sur les innovations et technologies pour réduire l’écart entre les genres dans l’éducation numérique. L’exclusion des femmes a réduit de 1000 milliards de Dollars le produit intérieur brut des pays à faible revenu et revenu intermédiaire au cours de la dernière décennie. Les progrès faits en matière d’innovations technologiques au niveau des paiements mobiles devraient encore plus profiter aux femmes afin de relever les défis des Objectifs du Développement Durable. Le développement des paiements marchands par exemple va considérablement accroître l’autonomisation des femmes.

  • Qu’en est-il de l’accès des femmes aux services de paiements digitaux ?

En Afrique subsaharienne, les femmes représentent une grande partie de la population avec environ 590 000 000 femmes. ( Source Indicateur SP WorldBank ). Cependant, il y a un défi de résorption du gap autour de l’inclusion financière, surtout pour les femmes qui sont les plus exclues du système financier classique. Il est important de noter que de réels progrès ont été faits en matière de solutions digitales, notamment sur les moyens de paiements mobiles, qui ont permis d’accroître le niveau d’utilisation. En effet, en 2021, le volume des transactions dans l’espace UEMOA a progressé de 47% soit 5,15 milliards d’opérations. ( Source BCEAO )

Nous pouvons nous féliciter que l’écart de genre dans la possession de comptes Mobile Money s’est considérablement réduit au niveau mondial au cours des dix dernières années, mais il faut noter qu’il est passé de 5% en 2011 à 12% en 2021 en Afrique subsaharienne ( Source Données FINDEX 2021 ). On note aussi que les femmes utilisent moins que les hommes le mobile money pour épargner et payer leurs achats et leurs factures. Cela démontre que beaucoup d’efforts restent encore à faire dans notre zone pour intégrer davantage les femmes dans le secteur financier formel et combler l’écart de genre en Afrique subsaharienne. La réalisation de cette ambition qui doit être commune à tout l’écosystème favorisera considérablement l’atteinte des objectifs de développement durable.

  • Quels mécanismes proposez-vous pour améliorer l’inclusion financière des femmes en Afrique.

Pour améliorer l’inclusion financière des femmes en Afrique, il faut d’abord s’intéresser aux facteurs d’exclusion qui sont souvent liés à la complexité d’utilisation, aux tarifs élevés et au manque de confiance. Chez Wave, notre vision est de proposer des services radicalement inclusifs qui permettent une utilisation facile, efficace et abordable pour prendre en compte toutes les composantes de la société, mais surtout bâtir une confiance indispensable grâce à des équipes terrain et un service client dédié et réactif pour la prise en charge des réclamations et des suggestions. Notre ambition est également de diversifier notre portefeuille de produits pour mieux répondre aux besoins des femmes en termes d’épargne et de crédit.

Je tiens à saluer d’autres initiatives en faveur de l’inclusion financière de la femme comme le Women Investment Club – WIC qui vise à financer des femmes porteuses de projets, ou la DER/FJ. Il s’agit surtout de combler le déficit en matière de capacités (techniques, financières) mais aussi de permettre l’utilisation des services financiers en prenant en compte ce déficit.

  • Selon vous, pourquoi les femmes devraient adopter les paiements digitaux en Afrique ?

L’adoption des paiements digitaux devrait davantage permettre une meilleure culture d’éducation financière grâce à ses nombreux avantages. En guise d’exemple, je peux citer l’accroissement de l’autonomisation des femmes, l’accès au crédit…

  • Avez-vous un message envers les femmes à l’occasion du 08 mars ?

Toujours le même : soyons ambitieuses et résilientes, donnons-nous les moyens de réussir.

Le 08 mars marque la célébration des droits de la femme que nos aînées ont acquis à force de repousser les lignes. Beaucoup de choses restent à faire et rappelons qu’il y a encore des filles qui ne vont pas à l’école ou sont exclues du professionnel du fait de leur condition féminine. Nous savons tous l’impact positif de la femme instruite et autonome sur sa famille, sa communauté et sa nation. Le 08 mars, célébrons les progrès réalisés et réfléchissons sur les défis qui restent à relever.

Propos recueillis par Ndeye Maguette Kebe

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